> Eleonora Lucangeli

Dans son travail, Michel Kirch s’applique a rechercher, au dela du réel, un univers poétique, indicible, que le filtre de son regard permet de révéler. Ses images sont la quete d’un silence désiré, d’une méditation éloignant les fureurs du monde et de notre époque en particulier. L’Artiste, par sa recherche photographique, se donne un espace-temps pour la paix et la quiétude des sens. Sans pour autant occulter la violence et l’inquiétude, jamais absentes, et subtilement intégrées.

La recherche d’espace, inaliénable condition de liberté, laisse transparaître une ambiguité «extérieur/intérieur »ou le monde extérieur, par l’effet d’une lentille extremement sensible, amplifie et nourrit l’espace intérieur. C’est ainsi que ses architectures sont souvent a l’abandon, livrées aux éléments, et ses personnages, silhouettes solitaires semblant arreter le temps, suspendues, sans gravité. Un homme emblématique, fragile, minimaliste, un etre entre l’eau et le ciel, entre noir et lumiere, vie et mort.

  La série des photographies « Au dela du mur » fait partie d’un projet plus étendu réalisé en Israël durant la seconde Intifada, ou Michel Kirch a voulu représenter sur la façade maritime du pays, seul espace dénué de murs, la quotidienneté d’une région en souffrance. Un lieu, le front de mer, rien n’est la pour arreter la vue...

D’un côté l’artiste avance de façon sérielle, d’un autre côté chaque image se structure en embleme visuel, dotée de sa propre vie et puissance d’expression. Images en suspens, en équilibre instable, exprimant au travers de leur dynamique le reflet d’une tension, ainsi présente dans ces moments d’apparent relâchement. En meme temps, cohérence aux principes classiques d’harmonie, de symétrie, de rigueur formelle. Netteté et rigueur quasi géométrique de la vision, ou la poésie cohabite avec le drame et l’incertitude permanents, la profonde solitude de l’etre et la recherche desespérée d’équilibre et de calme. Une métaphore vigoureuse du chaos intime et universel. Presque une Guerre de Cent Ans... Le temps passé depuis le tirage historique ayant assigné les lopins de terre le long de la plage de Tel Aviv, le 11 Avril 1909... Tel Aviv, textuellement « Colline du Printemps », la cité qui ne s’arrete jamais, ouverte, dynamique, vitale et laique. Si proche et si lointaine de Jérusalem, ainsi que le prétend le dicton : « Quand Jerusalem pleure, Tel Aviv joue ». Mais Tel Aviv est surtout le lieu des déplacements, et la plage se fait symbole de la tentative pour ses habitants d’oublier un temps le conflit, de voir plus loin, ou simplement ailleurs.

Par ses images, Kirch fait de la plage un lieu onirique, un bain de vie, un ailleurs possible. Et tandis qu’il fixait des images paisibles, paradoxales, l’Intifada faisait rage. Il nous révele avec grâce, qui le caractérise aussi : « Je présente ces images dans le refus de la démission, avec une idée de l’homme transcendant les conflits, comme le témoignage d’une possibilité de paix, comme un moyen d’apercevoir l’Au dela du Mur... »

 

Eleonora Lucangeli

Commissaire d'exposition