> Esther Ségal

Michel Kirch ou la jouissance de l’infini

L’artiste Michel Kirch est un voyageur solitaire vivant au cœur d’une forêt de symboles. L’œil ouvert sur l’univers et l’humanité, il se plaît à nous raconter au travers de ses images photographiques, le grand livre de la vie et de la condition humaine. IL est en cela un créateur ou plutôt un démiurge qui crée son monde à partir d’une matière existante et lui insuffle la vie par sa spirituelle imagination.

Tel un grand architecte, il délimite son territoire visuel et créatif par des lignes, des cercles, des carrés, des portes qu’il recouvre de chair humaniste et d’universalité. Tel un témoin et un porteur de message, il délivre au spectateur une parole muette et essentielle. Tel un équilibriste sur le fil de ses photographies, il se tient entre les mondes, entre l’image et la fiction symbolique, entre le référent à l’état brut et le sens, entre la chimie photographique et l’alchimie de l’esprit, entre la génétique et la genèse. Le symbole est son signe, ce fragment scindé en deux qui se cherche et se retrouve au cœur de son œuvre ilienne. Car nous parlons bien ici de retrouvailles et de réconciliation dans sa création, des retrouvailles avec le monde mais aussi avec lui-même car l’histoire collective rencontre, en ce punctum Barthésien divinement photographique et artistique, la sphère intime de l’homme.

Né d’une famille singulière imprégnée de musique, d’écriture et de tradition religieuse iconoclaste, c’est en fils prodigue qu’il part en quête de son propre talent, au-delà des contingences familiales et qu’il découvre la photographie. Œil de Judas, œil du cyclone, œil de l’objectif, au terme de son exode initiatique, il effectue une révolution circulaire sur lui-même et se convertit définitivement à l’image photographique et son monde iconophile. Signe précurseur du destin… son nom à une lettre près signifie « Église » en allemand et c’est fort de cette traversée du désert, de cette odyssée mystique et filiale en quête de vérité, qu’il revient après un long voyage, comme un  père créateur portant à son tour les « écritures de lumières » d’un nouveau monde photographique.

 

 

Esther Ségal

Chroniqueuse et artiste