> Radu Vasile

C'est peut-etre au silence assourdissant des ruines que s'entend le mieux le frôlement du temps, au point que l'architecture de l'abandon envahit l'oeuvre de Michel Kirch jusqu'a ce que le lieu commun se transforme en lieu familier. La couleur bleue du ciel et le theme de la breche sont les seuls barometres métaphoriques capables d'offrir la mesure exacte d'un espace dont le rythme immobile raconte, paradoxalement l'énergie, dit l'artiste, d'une "autre vie apres la vie". 

Dans "Old Faffa's Dream", Michel Kirch interroge le fantôme de ce qui fut autrefois Jaffa, ville arabe en bordure de la nouvelle cité juive de Tel Aviv, grandement désertée suite a la création de l'Etat d'Israël en 1948. 

La photographie retient l'image d'un délabrement ayant acquis la valeur de paysage, a l'extreme limite d'une existence revenue vers ses éléments primaires, chromatiques et formels. 

Abandonnée par ses personnages, la scene de Jaffa devient son propre théâtre, comme un décor entraîné subitement dans le feu de l'action. Les maisons craquent et se déchirent, entraînées au milieu d'un chavirement ou, de plus en plus, les percées confondent l'espace extérieur et les intérieurs des constructions. 

Dans une dialectique chromatique tenue, la lumiere du jour et le bleu du ciel visitent ainsi ces dépouilles du temps, ornements poétiques ou se poser des questions a propos du commencement et de la fin n'a plus rien de concluant. 

 

 

Radu Vasile

Critique d'art